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Reportages et entrevues
10 décembre 2007
Jean-Nicolas Labrie

De retour après avoir décontaminé les employés du Cirque du Soleil, le foulosophe, niaisologue et apprenti décepteur François Gourd replonge dans ses bonnes vieilles pantoufles politiques et revient avec un nouveau navire pancanadien modelé aux effluves du passé. Entretien avec un fou.

Pourquoi avoir créé le parti NéoRhino? Est-ce un parti encore pertinent aujourd’hui?
Est-ce que le parti est pertinent ou non… J’en n’ai rien à cirer! On veut faire différemment. On veut essayer de revenir au discours politique. Ça reste toujours de l’action politique, mais faite par des fous. Je prône la résistance par l’absurde, c’est dans la foulosophie que j’essaie de trouver ma voie. Le parti Rhino, c’est un jeu. On embarque sur la scène politique canadienne, on s’équipe le mieux qu’on peut et le fait d’être considéré comme un parti officiel, ça te donne le droit de jouer à ce jeu-là. Et ça te donne droit aussi à huit minutes de temps d’antenne aux prochaines élections!

Décrivez-moi le «système» auquel vous faites référence, celui auquel vous ne croyez plus…
Le système, c’est le Parti conservateur, le Parti libéral, c’est le Bloc québécois, le NPD… Tous ces partis-là font partie du système politique canadien. On déplore beaucoup la malhonnêteté et la langue de bois. D’ailleurs, dans notre manifeste, on cite clairement qu’on préfère avoir la gueule de bois que la langue de bois! Le langage politique est devenue vide. Pour éviter de déclencher des élections, le Bloc va appuyer le budget militaire commandé par Harper… À part peut-être le Parti vert et le Parti marijuana, il n’y a plus aucun parti qui pousse pour ses idées. On ne prétend pas être meilleurs que personne. On veut seulement ramener la démocratie, c’est-à-dire ramener le 40 % qui ne vote pas, ce 40% de la population qui ne se reconnaît pas dans les gros partis politiques du pays.

Pour la première fois en 1979, vous êtes devenu candidat pour le parti Rhinocéros…
J’étais dans une fanfare à l’époque qui s’appelait L’enfanfare. J’étais proche de beaucoup de clowns et on voulait participer aux élections parce que justement, on disait qu’on faisait rire de nous… On voulait amener la fête là-dedans, car on trouvait vraiment que c’était plate. Les gens en place étaient en train de nous voler tout rond avec un sérieux aplomb. L’idée, c’était vraiment de faire la foire politique, dénoncer mais en riant. Quand tu t’amuses dans la vie… Que tu tondes le gazon ou que tu sois barbier, journaliste ou politicien, ça se peut de s’amuser dans ce que tu fais.

C’est lors des élections de 1980 que le parti a recueilli le plus de votes (121 000). Comment était l’ambiance au sein du parti durant ces années-là, pendant l’âge d’or du parti?
D’abord, on promettait de ne pas tenir nos promesses! Y’avait Mara Tremblay qui s’était présentée alors qu’elle n’avait que 10 ans. Il y avait Michel Rivard, Richard Z. Sirois et Guy A. Lepage sont arrivés en 1984. En 1980, il y avait 121 candidats, dont 70 venaient du Québec. Chacun faisait sa propre campagne politique, c’était complètement fou et bouffon. Vraiment, c’était vraiment la folie débridée, tellement que les gens de gauche ne comprenaient pas ce qu’on faisait. Pourtant, si autant de fous réussissaient à faire autant de bruit avec si peu d’argent, on disait aux gens: «allez-y, partez-vous un parti politique, c’est à la portée de tout le monde…». Nous étions clowns et bouffons parce qu’on était ça. C’était comme ça qu’on envisageait de faire de la politique.

L’année 1993 a fait mal au parti…
La loi a effectivement changé cette année-là (ndlr: Élections Canada modifie la somme du dépôt de chaque candidat, passant de 200 à 1000 $. Pour devenir un parti officiel, il faut 50 candidats, donc 50 000 $). De notre point de vue, les élections au Canada cessaient d’être démocratiques. Seulement les riches pouvaient s’en payer. Le parti en a souffert, c’est évident. Il y avait aussi un certain épuisement. Faire des élections quand t’as pas d’argent, tu tiens ça à bout de bras… Mais avec le nouveau souffle du parti, on le refait avec un grand plaisir. On a un potentiel de 32 candidats au moment où on se parle et les élections ne sont même pas déclenchées. C’est sûr que c’est positif pour nous.

Le parti Rhinocéros a quand même réussi à transcender le Québec…
Au début des années 80, on avait effectivement des candidats en Colombie-Britannique et en Ontario, mais il faut désormais repartir sur une toute nouvelle base. Car aujourd’hui, on parle même de la souveraineté du Canada en entier qui est menacée face au géant américain. Déjà, le Canada a signé des traités avec les Américains qui permettent à leur police et leur armée de pouvoir intervenir sur notre propre territoire! À mes yeux, le Canada n’est plus souverain. Nous sommes un pays dont l’économie est contrôlée par les États-Unis et leurs multinationales. Je continue malgré tout de résister. Aussi petit soit-il, quand tu milites pour un parti, tu fais toujours une action politique, tu fais partie d’un mouvement.

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