9 septembre 2008
Fabbie Barthélémy
Personnage emblématique de la mythologie égyptienne, Isis porte le titre de la Grande déesse par excellence. Peu de gens pourraient se permettre d’endosser un tel pseudonyme. Néanmoins, en 2002, une certaine Miriam Moufide née sur la rive-sud de Montréal se prête au jeu et prend les traits d’Empire ISIS. Cette dernière amalgame reggae, dancehall, reggaeton et hip-hop. L’auteure-compositeure-interprète a par ailleurs fait ses classes en effectuant les premières parties de Sizzla, Elephant Man, Bounty Killa et Gyptian. Si son album Sound the Trumpets est sorti en 2006 de façon relativement anonyme ici au Québec, il a déjà fait le tour des palmarès urbains à l’international, notamment en Grande-Bretagne, en Jamaïque, en Israël, au Maroc et dans plusieurs pays sud-américains. Révélation du gala SOBA (Sound Of Blackness Awards) et récipiendaire de plusieurs prix à l’échelle mondiale, Empire ISIS s’apprête à rééditer son premier opus pour le marché nord-américain en novembre.
Elle gesticule comme un moulin à vents, enchaîne cinq langues dans une seule et même phrase et parle avec aplomb. Rencontre avec une artiste plus grande que nature qui veut conquérir le monde. La croisade de l’impératrice vient tout juste de commencer, et vous, entendez-vous le son des trompettes?
Empire ISIS, d’où vient le «Empire» de ton nom?
Mon nom, c’est un concept, c’est devient ton propre gouvernement, Run your things, don’t let the things run you…
C’est superficiel, mais une Québécoise mi-Britannique, mi-Marocaine avec des dreads qui chante comme une Jamaïcaine, ce n’est pas banal. Comment le milieu a réagi au départ?
Au début, les gens avaient de la misère à me cerner. Tu es Blanche et tu es Africaine? Moi, je me fous de tout ça. Je refuse de changer. Empire ISIS, c’est moi. Je suis comme ça naturellement. C’est comme ça que je parle. Ça choque tellement le monde. Tu vois, j’ai seulement compris que j’étais Blanche quand j’habitais Brooklyn, mais ça ne me fait rien. J’ai fait la connaissance de femmes noires américaines, je les appelle les Dead Prezerets. Je leur disais: «ne me juge pas avant de m’avoir connue». Tu dois me montrer du respect. Tu penses que tu es Black? Alors tu dois parler avec quelqu’un comme moi. Tu veux reconnecter avec tes racines? Je suis l’encyclopédie de l’africanité.
Une encyclopédie de l’africanité… Est-ce que c’est pour ça que tu t’es dirigée vers le reggae?
J’ai grandi avec le reggae. C’est la soundtrack de ma vie. Mon père en écoutait beaucoup. Bob Marley en Afrique, c’est le roi. Parce que Bob Marley ne parle que de l’Afrique. C’est un retour à la terre. Le reggae, ça parle encore de la lutte, de la survie, de la guerre, de la pauvreté. Moi, je me vois comme la poor people defender. Il y a une chanson où Marley dit «Don’t hate, participate». C’est exactement ça, la société est conditionnée à détruire. Moi, je veux ramener de l’optimisme. Le reggae, c’est intemporel, ça va chercher les choses basiques de l’être humain. Même si ça parle de révolution, c’est joyful et les gens ont besoin de ça. La musique, c’est Word, Sound and Power.
Et la musique d’Empire ISIS, comment tu la décrierais?
Vision, Pouvoir et Dévouement. Je me sens proche de Rage Against The Machine, Bob Marley, Madonna et Manu Chao. Je suis une version beaucoup plus hardcore que Manu Chao, mais on est liés. C’est un Kalaluh, un mélange de plein de choses. Je fais de la musique parce que les gens ont besoin d’être éblouis, d’être allumés et moi je suis un catalyseur. Je mets le feu en dessous du cul des gens.
Maintenant que tu as mis le feu partout dans le monde, au Québec, ça se passe comment pour le moment?
J’ai beaucoup d’éléments contre moi au Québec. Je chante en anglais. Je fais de la musique urbaine. Il faut que je travaille cinq fois plus fort pour que les gens approuvent parce qu’ici, c’est la protection de la langue française. Je ne peux pas rentrer facilement à MusiquePlus. Mes trucs jouent en Italie, en Espagne, à Kingston, aux États-Unis, mais pas ici. C’est différent maintenant, mais ç’a pris du temps. Je trouve ça nul que mes clips soient en compétition avec les 50 Cent et les Sean Paul qui ont des millions derrière eux. Eux, leur maison de disques paie les stations pour être diffusés. C’est ridicule! Moi, je me produis et je travaille avec mes deux frères. Je viens d’ici! Je suis une artiste locale!
Et finalement ISIS, comment ça se passe du côté des femmes dans le reggae/dancehall?
Depuis deux ans, il y a pas de mal de filles qui font du reggae. Il y a Kris Kelli, Tana, Queen Africa. Par contre, comme je ne viens pas de cette culture, il y a certaines choses dans lesquelles je ne me reconnais pas. Les filles là-bas, c’est soit hypersexuelles ou hyper rasta. Une des premières qui m’a marquée sur scène, c’est Patra, une pionnière. Mon dieu, sexy et en contrôle. Personnellement, je connais les règles, mais je ne les suis pas toutes. J’en suis quelques-unes… Moi, je suis un différent personnage, je suis une ambassadrice culturelle, a world bridger, une craqueuse de codes!
(Fabbie Barthelemy)
www.empireisis.com
13 septembre – Le Téléphone Rouge (Sherbrooke)
20 septembre – Underworld (Montréal)
21 septembre – Théâtre Corona, GAMIQ (Montréal)