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Reportages et entrevues
11 avril 2008
Stéfane Campbell

Dans la catégorie Album que l’on n’attendait plus, Duchess Says remporte la palme haut la main trois années après avoir semé d’un EP de quatre pièces (Budgie Laboratories) enthousiasme puis appréhension. Un sentiment partagé par nos principaux intéressés qui, à défaut d’avoir fait du bruit, se sont dévoués à cette première galette officielle – Anthologie des 3 Perchoirs, à paraître le 15 avril –, enfermés dans leurs angoisses appuyées d’une pression extérieure quasi insoutenable. «Partout où on allait, les gens nous demandaient toujours quand l’album sortirait. À un certain moment, c’est devenu insupportable. Un long tunnel noir duquel on en est finalement sortis – autrement plus forts de l’expérience», se souvient Annie-Claude Deschênes, chanteuse et bête de scène responsable pour beaucoup de l’enviable réputation du groupe. Une expérience aujourd’hui plus lumineuse: «Si on est passé à travers ça, on est capables de beaucoup».

Propos auquel fait écho Ismaël Tremblay, claviériste de la formation: «le EP avait été concocté à la va-vite et nous n’avions pas nécessairement confiance en nos capacités de réalisation, de travail de studio. On s’est donc jetés là-dedans un peu à l’improviste et ça n’a pas du tout fonctionné comme nous l’avions anticipé. Ça nous a pris beaucoup plus de temps, de sessions différentes, d’argent… Il aura fallu ramasser tout ça et en extraire le meilleur. C’est à ce niveau que l’album prend des allures de collage.» Un album qui prend des allures d’anthologie des meilleurs coups d’enregistrements étalés en fragments sur trois années. «La dernière année sans argent à passer des 18 heures par jour à porter tout ça pour le mener à terme fut très longue, lourde et douloureuse. Il fallait aussi calmer les attentes des gens de la compagnie de disques [désormais Alien8]… La pression devenait vraiment lourde.»

Du coup, un nouveau souffle semble porter les musiciens qui ne demandent qu’à relâcher leur fou sur les planches. «Tu t’habitues à une drive, à un son, une énergie en live que tu ne retrouves pas une fois en studio», nous dit Ismaël. «Tu tentes alors de le recréer. C’est là qu’on s’est planté: à ne pas comprendre vraiment comment réactualiser le matériel.» Puis Annie-C. de trancher: «On voit tout de même la suite avec plus de plaisir. C’est plein d’espoir. Nous sommes beaucoup plus solides qu’il y a deux ans. La page des sessions d’enregistrement et du premier album est tournée. C’est un peu un témoignage de trois années d’exploration, donc il ne faut pas y voir une évolution trop linéaire. Et nous sommes tout de même très fiers de l’album.»

Ainsi, la chanteuse en ressort avec quelque chose d’un regard plus lucide sur le métier. «C’est nouveau dans ma personnalité de me soucier de détails comme ceux-là, d’être méticuleuse. On s’entend qu’en spectacle, je suis imparfaite à fond la caisse. On ne peut avoir plus “je m’en sacre” que ça. Du coup, au fil des expériences acquises en studio, on a aussi compris que par-delà les retouches et autres retours possibles sur ce que l’on fait, il faut savoir s’arrêter sous peine de sombrer carrément dans la folie.» Se rappeler d’avoir du plaisir à travers la tempête.

Un plaisir plaqué de symbolisme et dont l’effigie – haute perchée – en est sans contredit la perruche, bête à la souche de la création du groupe et de laquelle découle l’obscure faction mystique de la Church of Budgerigars. «L’église proprement dite n’est qu’une représentation. C’est avant tout un regroupement de gens qui s’inspirent des mêmes thématiques que nous.» Voilà pour ceux qui soupçonnaient l’affiliation sectaire. Cela dit, l’importance n’y est en rien diminuée. «C’est quelque chose de super important dans notre démarche créative. Et en ce sens, il y a effectivement une cause spirituelle défendue à travers tout cela.» Puis, mesurant la portée de chacun de ses mots, «ce n’est pas de l’ordre de la secte ou d’une quelconque église mais c’est tout de même un phénomène qui se trouve au cœur de tout ce que je fais. Je ne cherche pas nécessairement à y mettre des mots non plus. Il y a une limite à jusqu’où j’ai cherché à me l’expliquer à moi-même. D’y mettre des mots serait peut-être la fin de quelque chose…» (Stéfane Campbell)

Anthologie des 3 perchoirs en magasin dès le 15 avril

www.duchesssays.com

12 avril – Téléphone Rouge (Sherbrooke)
17 avril – National (Montréal)
18 avril – Cercle (Québec)

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