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Reportages et entrevues
Samedi après-midi. Donzelle me tire du lit. «On était censé s’appeler à 10h30», me rappelle-t-elle de l’autre côté de la ligne. Un taxi plus tard, me voici à la Casa Marquette, musée kitsch, résidence de l’artiste et maintenant studio le plus rococo en ville. Je traverse le couloir d’effigies religieuses pour aboutir dans la salle à dîner à la déco plutôt toréador. Je prends donc garde. Malgré avoir fait la fête la veille, la chanteuse, elle, est pimpante: elle branche une compile de jazz angolais puis sert deux godets d’eau qu’elle glisse entre un bol de fruits en verre sculpte et un autre de pommes mûres. Une enregistreuse plus tard, Roxanne Arsenault déballe tout ce qu’il y a à savoir sur son alter ego électro rap ainsi que sa plus récente création: Parle parle, jase jase, son premier disque. «J’ai toujours posé devant mon miroir en écoutant du Hole», déclare d’emblée Arsenault en rigolant lorsqu’on lui demande la petite histoire de D to the onzelle. «J’ai toujours eu ce rêve adolescent de faire de la musique mais, à un moment donné, t’arrives à l’âge de 25-26 ans et tu te rends compte que ça n’arrivera pas! On va donc se contenter d’être amie avec des musiciens, voir des shows, être DJ et faire de la radio pour demeurer dans ce monde», poursuit celle qu’on connaît aussi sous le sobriquet de Violette Vilaine sur les ondes de CISM ainsi que le nom de guerre d’Abdulah la Botcheuse sous l’étendard du collectif inclassable Les Temps Liquides. «Je ne suis pas une personne qui essaie de se cacher, toutes ces facettes permettent seulement de pousser un peu plus certains traits de ma personnalité», ajoute-t-elle avant d’introduire les divers personnages peuplant sa diégèse: «La Botcheuse, c’est vraiment mon côté plus trash et plus rock. Elle me permet de me pitcher par terre, je peux être décadente avec elle et je ne suis pas obligée d’être cute. Je fais ce que je veux avec. Violette Vilaine, c’est la DJ, l’animatrice de radio, celle qui trippe sur la musique et qui aime en faire découvrir. Roxanne Arsenault, c’est un peu tout ça, mais c’est aussi l’étudiante, la maître ès kitsch. Puis y’a Donzelle, c’est le côté rap, celle qui s’habille et danse sans se soucier des autres. Celle qui n’a pas la langue dans sa poche. En fait, j’crois qu’aucune d’entre elles n’a la langue dans sa poche!» Bien que couverte de bling sur ses photos de presse, Donzelle a connu de bien modestes débuts. Après une série de faux départs musicaux, Roxanne allait former Famulous, un petit projet sympa avec son frère. Ze next big thing? Pas vraiment. «Après trois shows, mon frère a lâché!, se rappelle la chanteuse. Mais moi j’ai découvert que j’adorais être sur scène. Comme j’ai déjà fait du théâtre et de l’impro par le passé, je trouvais que ça se complétait bien. J’ai donc décidé de continuer en solo, mais de façon collaborative… avec des gens qui ont un peu plus de talent que moi!» Des collaborateurs qui sont tout sauf des zigs d’ailleurs. «C’est parce que j’suis tellement fine!» lance la MC quand on lui demande comment une artiste méconnue du grand public peut autant réunir des sensations internationales (Chilly Gonzales!) que la crème locale (Vincent Lévesque de We Are Wolves! LX de Radio Radio! Même Poney P des Georges Leningrad en profite pour sortir de sa retraite!) sur son premier album. «En fait, c’est pas mal tous des amis et moi, dans ce projet-là, je n’ai tordu le bras à personne. C’est souvent arrivé naturellement, en parlant du projet pour le fun, puis on tombait sur une idée, on m’offrait des beats, etc. Je suis super chanceuse, bien entourée et j’ai des personnes incroyables autour de moi. J’suis surtout fière de réunir des gens provenant d’autant de genres différents. C’est hallucinant.» Bien que la Donzelle se fait rassembleuse, le carcan électro rap dans lequel elle évolue, lui, est souvent stéréotypé. «Je pense que ça prend des filles fortes», songe Arsenault, aussi coordonnatrice de La Centrale Galerie Powerhouse, un lieu d’art où le féminisme est mis à l’honneur, lorsqu’on la cuisine sur le rôle qu’elle et ses contemporaines jouent dans le paysage musical québécois. «En ce moment, nous sommes que quelques filles. En fait, y’en a plusieurs, mais on est peu à avoir de l’attention médiatique. Alors que les gars sont souvent “j’suis le meilleur, j’suis le meilleur”, les filles sont moins pushy. Y’en a qui le sont, mais généralement, on est moins compétitives. Je me vois mal dans un cypher à improviser!», s’exclame celle qui a échafaudé le happening Rappeuses chics, une soirée réunissant Random Recipe, Lynne T et d’autres MC féminines de tout acabit. «Il y a des gens qui viennent à mes shows et ne savent pas comment le prendre», poursuit-elle. «Est-ce au second ou au premier degré? Ça dérange parfois. D’autres trippent sur cette ambiguïté et j’en fais partie. C’est sûr que y’a quand même une part de féminisme là-dedans, c’est super important. C’est un peu une façon de donner une réponse féminine à des rappeurs à la TTC et Omnikrom que j’adore [NDLR: on retrouve d’ailleurs ces derniers sur Parle parle, jase jase]. Une façon de remettre les pendules à l’heure et de dire aux gars ce qui ne marche pas au lieu de leur expliquer tous les bons moments que je pourrais leur faire passer au lit», ajoute-t-elle en souriant avant d’aborder son genre de prédilection avec plus de sérieux. «Il n’y a pas de plan, ni de stratégie. On n’a pas fait cet album pour pogner!», tranche-t-elle. «J’y vais instinctivement. J’ai des collaborateurs, des idées et le goût de les combiner. Même si c’est parti un peu d’une joke, c’est rapidement devenu sérieux pour moi. Oui, y’a beaucoup d’humour là-dedans alors c’est sûr que plusieurs penseront que c’est une blague. Mais ça demeure un truc dans lequel je me suis vraiment investie. J’ai longtemps dit que je botchais tout, mais je peux affirmer que j’ai bel et bien travaillé fort sur cet album-là. Le mix est pro, Christophe [Lamarche-Ledoux qu’on a tout d’abord découvert au sein du projet Sexyboy] et moi l’avons bien réalisé et les beats sont bons! Je reste quand même réaliste avec Donzelle: je ne m’enfle pas la tête avec ça. La mode est au remixage et je le sais que ce disque aura probablement une vie éphémère, mais moi ça ne m’intéressait pas de le garrocher à la va-vite, ni les gens qui y ont collaboré. En attendant de constater – ou non – la fugacité de l’entreprise, Arsenault prépare son lancement, ses scénarios de vidéoclips (une fois de plus, toujours aussi collaboratifs) ainsi qu’une première tournée… en Amérique du Sud! Parle parle, jase jase, voyage voyage. (André Péloquin) Parle parle, jase jase disponible depuis le 4 novembre
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