|
|
RECHERCHER : ARCHIVES
BLOGUESCHRONIQUES
|
L'histoire du rock racontée aux enfants
L’histoire du métal en 1000 mots? Sans problème. Une mutation musicale et sociale, des progrès techniques considérables, 28 sous-genres selon Wikipédia, un phénomène culturel mondial, des pages de faits divers, une liste de noms longue comme le bras de monsieur Fantastique… Après tout, c’est juste 40 ans de musique. Et de société. Le métal est un monstre passé sur le paysage culturel avec la retenue d’Attila passant sur les plaines d’Europe. Et cette histoire commence longtemps avant les fichiers .wav… La sueur, le son et les flammes Pour reconnaître le heavy metal, on utilise ses oreilles. Les premiers indices sont la distorsion des guitares – principalement la fameuse Flying V de Gibson et la Fender Stratocaster –, la saturation et les amplis «qui vont jusqu’à 11» (dixit This Is Spinal Tap). Le corps est donné par une basse omniprésente (batterie + guitare basse). Son secret est d’avoir osé la demi-octave (le triton ou Diabolus in Musica), bannie par les compositeurs depuis le Moyen Âge à cause de ses effets démoniaques sur le corps. Cette association explique probablement la panoplie de créatures infernales qui hantent cette culture (merci le triton!). Ensuite, le heavy metal n’existe pas sans une voix puissante, très reconnaissable (Bon Scott), capable de passer par-dessus tout ça. Elle est souvent gutturale (Lemmy Kilmister, même Angela Gossow d’Arch Enemy) ou franchement lyrique (Bruce Dickinson pour Iron Maiden ou Rob Halford de Judas Priest). Le métal est l’équivalent technique moderne de l’opéra (Wagner aurait adoré). Son autre botte secrète, c’est les mélodies de tueurs (exit le punk). Les slows de Scorpion ont d’ailleurs boosté la natalité dans les années 80-90. Et pour en finir avec un préjugé tenace, le genre compte quelques musiciens virtuoses comme Eddie Van Halen ou Dimebag Darrell pour ne citer qu’eux. Pas si mal pour «une exagération agressive du blues, jouée pour des adolescents blancs embrumés par les drogues», comme l’avait énoncé le journaliste John Rockwell dans le New York Times en 1979. Enfin, sa philosophie se résume à un idéalisme de type nous contre le monde («nous» étant les gentils). 1968 – L’homme qui inventa le heavy metal Il y a quelque chose dans l’air de 1968: les droits civiques, le Printemps de Prague, la création du magazine Rolling Stone, la naissance de Phil Anselmo… Les premiers groupes de ce qui n’est pas encore du métal sont Deep Purple, Led Zeppelin et Black Sabbath. Ils portent les stigmates instrumentaux et scéniques de cette musique. Les origines du nom sont obscures, mais la thèse de Burroughs est plaisante (en 1960, il parle de «heavy metal» pour décrire l’état des toxicomanes). Pour la postérité et s’il ne devait en rester qu’un, l’homme qui a inventé le riff et les premiers accords du métal serait Tony Iommi, guitariste de Black Sabbath. 1970-1983 – Le hard rock fonde une famille et Ozzy inaugure les mythes Hard rock est une expression facile à retenir, plus imagée, bien que portant à confusion. Mais c’est le premier nom qu’on a donné au métal et nous devons à ce grand-père les premiers apôtres: AC/DC, Aerosmith et Blue Öyster Cult. Le shock rock (KISS, W.A.S.P.) lance l’idée de variations possibles dans un potentiel musical infini. Le premier âge d’or arrive très rapidement grâce au succès populaire du power metal (Judas Priest, Accept, Dio) et des groupes anglais (Saxon, Motörhead, Iron Maiden). Les chansons plus sucrées de Quiet Riot, Europe ou Def Leppard (pop metal) en font la musique numéro 1 des années 80. Des millions d’adolescents sont soulagés de trouver enfin une alternative au disco (et on les comprend) et se laissent pousser les cheveux en développant une passion inexpliquée pour l’air guitar et les bracelets éponge. Au rayon faits divers, Bon Scott meurt étouffé dans son vomi (alcool), Ozzy torture des animaux sur scène (drogue) et les groupies deviennent légion (sexe). Le heavy metal crée désormais ses propres mythes en défrayant la chronique. But it’s all part of the show… 1973-1988 – Flash Gordon est une rock star Le glam rock de Mötley Crüe, Twisted Sister, Poison et Cinderella est l’épisode de science-fiction du métal. La virilité sur laquelle le genre avait assis sa réputation est revisitée par Flash Gordon qui transforme les guitar heroes mal rasés en superhéros en collants roses. Il faut beaucoup de recul aux fans désorientés pour comprendre que le glam a respecté à la lettre le principe de provocation d’une culture également visuelle (ce sont les premiers clips sur MTV). Assez efficace pour qu’en 1984 le Congrès américain (mené par Tipper Gore qui établira la liste des Filthy Fifteen, quinze chansons pleines de vices, dont une de Cindi Lauper!) convoque une croisade pour censurer l’immoralité du métal. 1988-2000 – Some kind of monsters En 1990, c’est la douche froide après les années yuppies. On veut du rock dur pour exulter sa rage. L’esprit brut des -core plaît (hardcore dès 1985, grindcore de Napalm Death et metalcore depuis Rage Against The Machine): plus vite, plus fort, plus dur. Parallèlement, le stoner rock aujourd’hui disparu (Kyuss) offre une option plus assommante. C’est aussi le moment du second succès commercial du métal, grâce aux monstres du thrash que sont Metallica, Slayer, Anthrax, Megadeth, Sepultura, Pantera… Ces groupes ne sont pas (tous) morts depuis 2000 mais se sont fatigués. L’occasion de souligner que si la musique de Madonna peut changer avec les modes, le métal ne peut pas vendre son âme au Diable. En tout cas, pas deux fois. Faith No More, Nine Inch Nails et Marilyn Manson expérimentent des alternatives pendant qu’en coulisses une certaine morosité règne. Le succès est mal géré, de nombreux groupes implosent et on voit beaucoup de suicides. Ça sent la fin de siècle. 1995 à aujourd’hui – Le black metal Inspirés par leur ancêtre Venom et les clowneries d’Alice Cooper, les groupes nordiques fondent le black metal qui exploite le concept d’exorcisme des démons de la jeunesse. On peint des pentacles sur les basses et glorifie Satan puisque Dieu est aux abonnés absents. 9 fois sur 10, c’est Halloween, mais quelques psychopathes notoires sont sur la photo de famille (Mayhem, Burzum, Beherit…) Tous font le signe des devil horns avec conviction, oubliant qu’il est emprunté à la très catholique grand-mère de Dio. Citons Morbid Angel, Obituary, Deicide, Cannibal Corpse… De son côté, le doom (ou goth) de Type O Negative et Opeth plaît aux jeunes filles romantiques. Aujourd’hui – Retour aux sources Les géants du métal ont vieilli (tous en même temps) et laissé la place vide. L’occasion pour des festivals sponsorisés par des marques de vêtements de faire monter sur scène des groupes qui jouent à imiter Angus Young ou Dave Mustaine tout en reniant cet héritage. Le nü metal s’ennuie et cherche l’inspiration ailleurs tandis que les puristes observent KoЯn, Limp Bizkit ou System Of A Down du fond de la salle. Aujourd’hui, la première génération née avec cette culture et qui a su la digérer se réveille et revient aux sources du heavy metal: Lamb of God, In Flames, Chimaira, Killswitch Engage, Amon Amarth… Finie l’obsession de faire du nouveau, on fait du neuf dense et abouti (on parle aussi de retro metal). Tandis qu’Isis laisse un pied dans le métal et pose l’autre… ailleurs. En conclusion, le heavy metal ne manque ni de subtilité, ni de cheminement, ni de controverse, ni d’héritage, ni de tout ce qui fait la richesse d’une culture. Même s’il n’y a toujours pas d’explication rationnelle au headbanging… (Carole Bertrand)
5 commentaires
|
|
|
7 juin 2008
Peut-on vraiment faire mieux et plus imagé en 1000 mots? J’en doute. Pas très loin de la perfection dans le genre, belle plume également, je crois que le récit concis de Mme Bertrand est une excellente approche pédagogique pour quiconque veut s’initier un brin dans cet univers musical rempli de testostérone. Bravo! Je quitte à l’instant me brancher sur mes cd du passé…
8 juin 2008
Wow merci !
Je crois que tu es/vous êtes la seconde personne à m’appeler “Mme Bertrand”, avec mon banquier ;-)
14 juin 2008
Bravo, un très bon résumé. C’est excellent. J’ai moi-même un site sur le heavy metal, en construction présentement donc il est très loin d’être fini. Pour ceux que sa intéresse:
http://www.e-monsite.com/heavymetalthunder
23 juin 2008
Bon article Madame!
Il est rare de lire un article sur le métal qui ne soit pas bourré de préjugés ou d’erreurs (quand il n’est pas écrit d’un métalleux sérieux).
Vous restez dans le neutre et vous n’accentuez pas sur les idées préconcues trop faciles à développer (exemple: Eddie, la mascotte d’Iron Maiden fais très peur aux parents ainsi qu’aux extrémistes (chrétiens) donc ces gens-là ont une très forte tendance à crucifier ces groupes sous le seul prétexte que :”La pochette est pas belle, on dirait un mort, c’est satanique!”
C’est sûr, résumer le métal en un aussi petit paragraphe et tenter de relever les aspects les plus influents de cette scène underground tout en n’allant pas cliché et en informant de manière neutre relève d’une bonne plume. Tout comme votre style d’écriture Madame.
Le métal est un monde géant. Évidemment beaucoup moins gros que le classique mais tout de même, il n’est pas à des milles derrière. Les styles, sous styles, sous sous styles, mélanges de tout ça avec fusions de ci, de ça font de lui une sorte de géant actif mais volontairement caché sous terre par ceux qui ne veulent pas voir les géants. Évidemment, ce géant ne fait qu’irruption lorsqu’il fait quelque chose de mal et là c’est la chasse à la sorcière.
Le métal, comme tout autre style de musique, possède sa mentalité. Un métalleux est généralement (cliché) avec des cheveux longs, un t-shirt de groupe de musique et joue de la musique. C’est différent d’un féru de musique latino. Mais dire que quelqu’un qui écoute du métal est obligatoirement un gothique, qu’il n’écoute que des thèmes reliés au sexe, satanisme, gore, horreur, suicide est faux. Oui il y en a plein comme ça, mais il y en a plein qui ne sont pas du tout comme ça non plus. C’est comme si on affirmait qu’un chanteur Country mange automatiquement des steaks de son propre ranch et se promènne avec sa calèche de festival en festival, lui et sa fidèle moustache.
Bref, je vais conclure maintenant sinon j’en ai pour une Bible.
Mais félicitations pour votre article!
29 juin 2008
Très bon résumé, mais qui à mon sens contient quelques inexactitudes :
Non, le Stoner n’est pas mort, il a évolué. Aujourd’hui, les représentant du Stoner s’appellent Electric Wizard, Pharaoh Overlörd, Earth sur certains albums ou encore Ginnungagap.
À ce propos, vous citez des groupes de teenagers en conclusion, qui sont à mille lieues de la mutation qui à été celle du métal ces cinq/six dernières années.
Cette mutation a été entamée par Sunn O))) (cité par Beth Gibbons de Portishead comme inflluence directe du dernier album — Third).
J’aurais aimer voir figurer Boris (Japon), la New Wave of Finnish Heavy Metal (Circle, Pharaoh Overlörd), Earth, Kanhate, Dead Meadow, Black Mountain, Tarantula Hawk, etc.
Isis est la seule référence de qualité…
Ces groupes incarnent la maturité du metal et s’inscrivent dans son histoire, car il cherchent autre chose que le tube qui vend…
Il font de la musique hors des clichés (HeadBanging MTV) que vous citez à la fin de votre article… Il ne font pas de la musique “référentielle” stéréotypée, si vous voyez ce que je veux dire…