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Reportages et entrevues
Son projet Plywood 3/4 en veilleuse, Dany Placard poursuit son aventure solo avec Raccourci, un disque à la croisée des chemins et aux teintes hivernales. Un an et demi après l’excellent Rang de l’église, notre homme continue d’explorer des thèmes comme l’éloignement et la quête amoureuse en mettant en scène des personnages remplis de spleen. La route sert de toile de fond. Une fois de plus. «Lorsqu’on a enregistré l’album, à la mi-novembre, on a eu nos premières bordées de neige. Je voyais que l’hiver était à nos portes et je voulais parler d’un camionneur qui s’ennuie de sa famille et qui est toujours parti aux États-Unis. Le gars traverse le désert et parcourt le sud du pays. Il s’ennuie de la neige, de la slush, de sa blonde et de ses enfants. Deux personnes en amour, il n’y a rien de plus beau au monde. Moi, ça me touchait. Je ne sais pas si c’est un trait romantique (faudrait demander à ma blonde!), mais je crois plutôt que c’est celui d’un homme sensible. Ça peut être pris de manière personnelle, mais dans le fond, ce n’est pas un disque si personnel que ça», confie un Dany Placard enthousiaste. Fonctionnant de manière indépendante depuis ses premiers pas dans l’industrie musicale, Placard se retrouve maintenant sous l’aile du label Indica (Xavier Caféïne, Vulgaires Machins, Les Trois Accords). Un changement qui permet à l’auteur-compositeur de respirer un peu mieux. «On m’a présenté à Franz Schuller et ça s’est fait comme ça, après une rencontre de quinze minutes. Ensuite, on m’a envoyé dans un chalet dans le bois pour enregistrer mon disque! J’imagine qu’on était déjà intéressé à mes services pour que ça se fasse aussi rapidement. À l’époque, je faisais tout moi-même et je n’avais aucun plan de marketing, mais le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Je n’avais pas à courir après les médias, c’est eux qui me couraient après! Aujourd’hui, je pense uniquement à la musique. Je pense aussi à monter le show avec les musiciens. C’est plus simple comme ça. Je n’ai plus à me soucier d’envoyer mes disques aux médias et de booker des entrevues. C’est un gros fardeau de moins sur mes épaules et financièrement, ça ne fait pas de tort non plus», explique-t-il. Mitonné au chalet Contrairement à son prédécesseur, rempli à craquer de courtes pièces instrumentales faisant le lien entre les chansons, Raccourci abandonne les interludes. «Elles étaient préparées, mais ça n’a pas fonctionné. En fin de compte, je n’étais pas satisfait du résultat. Chaque fois que je me retrouvais en studio, je prenais des chances et j’en créais toujours plus que j’en avais réellement besoin. Pour cet album, c’est le contraire qui s’est produit. Je n’en avais pas assez! Celles qui restaient étaient trop trash et ne collaient pas avec le mood de l’album. J’ai donc décidé de les retirer. Tout simplement.» Un disque à l’américaine Un des aspects qui surprennent le plus à l’écoute de ce nouvel opus est la voix de Placard, à la fois traînante et pleine d’émotion, traitée en avant-plan dans le mixage. «Je voulais opter pour une production à l’américaine. Si tu écoutes les derniers albums de Johnny Cash, tu constates que sa voix est très en avant. D’une certaine manière, c’est une façon de me rapprocher de l’auditeur. C’est comme si je chuchotais à son oreille. Sur cet album, on entend tous les soupirs, les fins de phrases, et c’est voulu. Le but était de ne rien cacher dans ma voix et de la traiter comme un instrument à part entière. Pour moi, les textes et la voix sont aussi importants et c’est ce que j’ai mis de l’avant ici.» Avant de sauter sur scène avec ses compagnons (quelques spectacles sont prévus cet été, plusieurs à l’automne), Dany souhaite recueillir les commentaires du public. «J’ai hâte de voir comment cet album sera reçu. Si on l’adopte et que ça fonctionne pour moi, c’est parfait. Sinon, je vais m’ajuster en conséquence. Tu sais, je fais deux choses dans la vie: de la musique et de la menuiserie. Je t’avoue que j’ai beaucoup de contrats en menuiserie ces temps-ci, mais si la musique finit par prendre le dessus, j’arrêterai de travailler volontiers.» (Stéphane Martel)
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