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Reportages et entrevues
22 février 2008
Dorothée Parent-Roy

C’est afin de discuter de la sortie imminente de leur album No Sleep At All le 4 mars prochain que j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Cowbella, une des membres du quatuor montréalais Creature, dans une sympathique croissanterie du Mile End. À mon arrivée, cette dernière est occupée à lire une entrevue récemment donnée par le band – entrevue qui marque le début d’une longue tournée médiatique.

«Je me demandais comment l’histoire avec Anastasia sortait». Si le sujet semble rendre la claviériste et chanteuse mal à l’aise, cette sensation semble rapidement disparaître lorsqu’on aborde celui de sa dernière prestation en lice, un Centre Bell comble, en première partie de Mika. «Ç’a super bien été, c’était un rêve devenu réalité. L’énergie était déjà là, les fans de Mika étaient dedans, ils étaient là pour danser donc ça se rejoignait. On avait juste à faire un petit mouvement de bras et tout le monde criait. Même si on joue pour une seule personne, du genre un vieux grincheux, nous on donne la même énergie, le même show. Il y a toujours cette magie qui s’opère lorsqu’on se retrouve nous quatre.»

Et cette magie qui s’effectue tire ses racines à plusieurs endroits, à commencer par les liens qui unissent les membres du groupe à Me Mom and Morgentaler. Sid Z (le batteur) a fait partie de ce groupe mythique, alors que Kim Ho (le chanteur) a jadis collaboré avec John Britton, percussionniste, mais outre ces collaborations, on remarque surtout cette attention accordée à la prestation et à l’énergie dégagée.

Si le groupe de ska mythique a marqué les membres de Creature, il n’est toutefois pas le seul à servir d’inspiration au quatuor…
On est ouverts à tout. Le glam rock m’a beaucoup inspiré. J’aime regarder ses groupes en prestation sur scène, voir leurs mouvements, leurs costumes. Kim de son côté jouait du blues, mais en ma compagnie, il s’est mis à rapper bizarrement, comme s’il était une autre personne. On a joué toutes ses influences lors de nos premiers spectacles, mais on a remarqué que les gens embarquaient plus sur les pièces dansantes, de party. Alors on s’est dit que c’était peut-être notre point fort.

Vous êtes entrés en studio afin de commencer l’enregistrement de l’album, mais la date de sortie n’a pas cessé d’être repoussée. Qu’est-ce qui a été si compliqué?
Tout le monde avait un autre emploi au moment de l’enregistrement, donc il fallait faire ça durant la fin de semaine. Ç’a pris finalement un an pour enregistrement l’album et on est ensuite retournés en studio pour remixer les pièces. Alors qu’on pensait qu’on avait fini, on s’est rendu compte après deux semaines que l’énergie n’était pas là et on a alors décidé de refaire certaines pistes. On a constaté à ce moment-là qu’il faut que tout le groupe soit dans la même pièce lors de l’enregistrement pour retrouver l’énergie qu’on a sur scène. Quand j’étais toute seule, avec le voyant rouge allumé, je chantais au mur, l’énergie n’était pas là. Mais quand Kim et Sid étaient à côté de moi, à danser pendant que je chantais, là on réussissait à recréer l’énergie.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce que vous faites, à quoi peut-on s’attendre?
Moi je dis souvent qu’on fait du dance-pop party rock. On a l’élément funk des B-52’s mais avec plus d’expérimentation en studio. Il y a beaucoup de niveaux, c’est un vrai layer cake! On retrouve aussi beaucoup d’éléments de funk cool, ça groove, y’a du hip-hop, c’est une ambiance de party, de célébration. Kim écoute pas mal de blues, Sid du punk, moi c’est plus le hip-hop. On fait beaucoup de mélange des genres.

Le mélange des genres, n’est-ce pas un peu la nouvelle vague, le nouveau truc branché?
Nous, on ne se voit pas comme une vague. On veut faire le party, on a un message. Oui, on a une certaine image, mais on est là pour du long terme. La chose la plus importante pour nous, c’est qu’il faut que ça soit une bonne chanson. Si j’aime ta chanson, je me fous de savoir les claviers que tu as utilisés, comment tu définirais ton style. On veut surtout ne pas être une mode. On veut être nous-mêmes. On veut être là encore longtemps. On a confiance en nous et surtout on veut le partager au plus de gens possible. On n’a pas peur d’être cool. Fuck cool.»

Est-ce justement difficile d’adopter cette attitude dans l’industrie? Est-ce que vous ressentez une certaine pression par rapport à votre façon d’être, d’entretenir une certaine image?
Yeah mais tout le monde a besoin de ça un peu. J’essaie toujours de trouver ce que je veux porter. Si j’ai le goût de m’habiller en pantalons jogging, je vais me foutre de ce que le monde pense. Mais en tant que band, we want to be about fun, donc on pense couleurs vives, brillants. Je veux pouvoir m’habiller comme je veux. Si je feels weird un jour, well fuck it. J’assume ce que je suis.

Donc il n’y a pas tant de pression?
Non car on agit intelligemment. Notre label est vraiment cool. Comme hier, j’étais à leurs bureaux et on riait et niaisait. L’équipe nous a demandé ce qu’on voulait faire pour le vidéo, on leur a donné l’idée et ils étaient cool avec ça. C’est pas comme les Beatles où leur gérant disait: “tu vas te faire couper les cheveux de telle ou telle manière”. On ne serait pas capables d’accepter de telles choses. Nous, on est plus: “dude, tu ne vas pas me dire comment m’habiller car je vais mettre quelque chose de hot que j’aime, que les gens ne vont pas nécessairement aimer, mais j’en suis consciente”. Être libre d’être soi-même, c’est notre motto.

Si être soi-même est un sujet récurrent pour Creature, d’autres sujets sont également abordés sur cet album. C’est important de passer un message dans les chansons, comme pour la pièce Last Days of America, par exemple?
Des fois, c’est quelque chose qu’on lit dans les nouvelles, d’autres fois un feeling que j’ai, par exemple avoir un emploi de 9 à 5, mais wanting to break out, se sortir du tourbillon. Politiquement, on veut parler de certains trucs, mais on n’a pas une opinion forte et développée. On va lire ça, se dire: “wow, oh my god!”, pis on va faire une toune là-dessus, car le monde est fou. Et on se dit: “fuck, pourquoi ne pas avoir du fun pendant qu’on peut. Le monde pourrait s’écrouler à tous les jours”.

Parlant de s’écrouler, l’industrie du disque bat de l’aile en ce moment. En tant qu’artiste, ça te fait peur?
Je me souviens d’une soirée où, après avoir jasé de Radiohead et de Nine Inch Nails qui quittaient leurs compagnies de disques, je suis revenue à la maison en pleurant, me demandant ce que j’avais choisi de faire. Depuis l’âge de sept ans que je travaille dans la musique, que je fais de la musique, je ne peux rien faire d’autre. Je vais être pauvre, mais peu importe, you know, c’est tout ce que je sais faire.

Est-ce que tu crois que l’industrie change?
Je crois surtout que moins de gens vont faire de la musique pour l’argent. Tous ceux qui feront de la musique le feront pour les bonnes raisons. Moi, en tant que musicienne, l’important, c’est d’abord et avant tout de m’améliorer et de faire quelque chose qui me fait sentir bien. La musique, c’est comme une relation à long terme et pour que ça dure, tu dois la rendre intéressante. L’important, c’est de s’exprimer et d’être fidèle à soi-même. Je déteste les groupes qui changent subitement de direction. Mais j’aime les Beatles qui eux ont commencé à un certain point et puis qui ont graduellement évolué pour arriver si loin, de façon lente, tout en gardant quelque chose dans leur son, dans leurs voix, pour les rendre si uniques. Et c’est sur ça qu’il faut s’accrocher.

Si le groupe songe déjà à un nouvel album, leur permettant d’aller encore plus loin, ce dernier devra attendre un peu. C’est que le quatuor a déjà beaucoup du pain sur la planche pour les mois à venir. En plus du lancement de son album le 5 mars prochain au National, Creature prévoit également donner quelques spectacles au Québec, dont à Joliette et à Saint-Jean-sur-Richelieu. «On a également des fans à Québec et Sherbrooke donc un show est également à prévoir.»

Tout ça sans compter la sortie prochaine d’un vidéoclip pour Pop Culture où la danse et la paillette seront à l’honneur, sa présence au Canadian Music Week à Toronto ainsi qu’un retour à Austin, Texas dans le cadre du South by Southwest. Le tout au courant du mois de mars. Si les membres du groupe souhaitaient jouer plus souvent au courant de l’année, il apparaît clairement qu’ils y parviendront, avec un agenda déjà bien rempli. Puisque nos chouchous montréalais sont appelés à être occupés et à conquérir le monde, assurez-vous de ne pas les manquer lors de leur show-lancement. Vous pourrez ainsi dire: «Ah ouais, Creature, j’étais là avant qu’ils soient trop big…» (Dorothée Parent-Roy)

No Sleep At All en magasin dès le 4 mars

www.creatureband.com

5 mars – Le National (Montréal)
7 mars – L’Azile (Joliette)
8 mars – Bar Le Metric (Saint-Jean-sur-Richelieu)

Un commentaire
  1. Phil dit :

    “Est-ce que tu crois que l’industrie change?
    Je crois surtout que moins de gens vont faire de la musique pour l’argent. Tous ceux qui feront de la musique le feront pour les bonnes raisons.”

    Ayayaye, ça vole pas haut.. Je ne sais pas ce qui est pire, la question ou la réponse. Franchement, je suis bien content de déjà connaitre Creature parce que ce texte ne me donnerait vraiment pas envie de le faire. Naïveté ou paresse, c’est moche. Mais ce n’est pas seulement la faute de la journaliste, j’ai l’impression.

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