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Du haut de la king
Aimes-tu ça, toi, Cœur de pirate?» Telle est la question qui émaille les discussions de tout mélomane ces jours-ci et qui donne parfois lieu à des salves de mots désobligeants. Dominic Tardif se demande comment une fille et ses chansons d’amour peuvent-ils autant diviser la scène locale. Preuve que Béatrice Martin, celle qui se cache derrière Cœur de pirate, s’est rapidement familiarisée avec le monde des médias depuis sa montée à bord de l’autobus du show-business, la chanteuse faisait preuve, à quelques semaines de la parution de son premier album (16 septembre), d’un bagout qu’elle n’avait pas lors de notre première entrevue en début d’année, alors qu’elle tenait toujours les claviers au sein de Bonjour Brumaire. «On n’a comme juste pas le choix à un moment donné. En entrevue, t’as pas le choix d’avoir l’air bien et d’être gentille. J’ai trop vu d’artistes avoir l’air impoli à la télé pour faire pareil.» Moins gênée aussi, on devine que d’avoir lu et entendu tout le monde et sa mère gloser à son sujet et sur tous les tons (ému, enflammé, fielleux, acerbe, alouette!) depuis l’annonce de sa signature avec la maison de disques Grosse Boîte a dû endurcir la jeune femme. D’abord lancé sur MySpace accompagné d’un texte de présentation retraçant l’origine de la création de ses chansons (une rupture amoureuse déchirante), Cœur de pirate est devenu en ni un ni deux la favorite des trendsetters et chroniqueurs scène locale (mon collègue André Péloquin entre autres) qui y voyaient une sorte de Emily Haines, version 514. Propulsée sur la scène du Zoobizarre en avril dernier à force d’enthousiasme de la part de ses fans virtuels, Béatrice Martin allait ensuite sans trop d’acharnements accéder aux programmations des festivals populaires que sont les FrancoFolies et Osheaga, avec en prime, le sceau d’approbation de Pierre Lapointe live à l’émission Flash de TQS. She was only seventeen Nul besoin de parler de Béatrice Martin plus de deux minutes pour que quelqu’un ne mentionne son âge. En juillet dernier à Je l’ai vu cet été, émission diffusée à l’antenne de la Première chaîne de Radio-Canada, l’animatrice Marie-Christine Trottier articulait toutes ses questions autour du jeune âge de la chanteuse, insistant sur le fait qu’elle s’inspire de son adolescence dans son processus d’écriture. «Forcément, mais encore?», a-t-on envie de répondre? Et «depuis quand est-il nécessaire d’avoir quinze peines d’amour derrière les tatouages pour en faire des chansons» pourrions-nous rajouter? Le chroniqueur Jean-Sébastien Girard était quant à lui navrant à se demander, hilare, s’il n’était pas un peu trop tôt, à 12 ans, pour écrire des chansons d’amour. C’était avant d’être mis au parfum des 18 ans de Martin. Bien qu’elle dise n’en avoir cure, Béatrice Martin en a visiblement soupé de se faire questionner sur ses (récents) 19 ans. «C’est sûr que je fais mon âge et que si j’avais cinq ans de plus les gens ne diraient rien par rapport à ça. Il y a beaucoup de gens qui me jugent à cause de mon âge et je trouve ça con parce que s’ils écoutaient deux secondes ce que les jeunes ont à dire, on aurait de la meilleure musique au Québec. Je connais tellement de jeunes qui se font revirer de bord parce qu’ils ont 18-19. Moi je suis chanceuse parce qu’on m’a donné la chance d’exploiter ça. Pas besoin d’être super vieux pour avoir quelque chose à dire. Je trouve ça complètement ridicule. Je me suis tellement fait défoncer par rapport à ça, j’ai entendu plein de “ce qu’elle chante, c’est niaiseux.” Ok je fais des chansons cute, simples, minces à la limite, mais c’est ce que je fais, c’est ce que je sais faire et ce ne sera peut-être plus ça non plus dans cinq ans. Je trouve ça vraiment décevant que certaines personnes se limitent à mon âge. Il y a des gens par contre qui trouvent ça super» lance-t-elle d’un seul souffle. Soudain une jeune chanteuse Marie-Hélène Poitras, écrivaine et journaliste rock, a collaboré au premier opus de Cœur de pirate. Comme elle l’avait fait avec Navet Confit, l’auteure de La Mort de Mignonne proposait il y a quelques mois à Béatrice Martin de s’inspirer d’une de ses nouvelles et de la transposer en format chanson. «Je suis allé voir son MySpace et ça m’a touchée, tout de suite ça m’a interpellée. J’aime beaucoup sa voix, sa façon de prononcer les mots. Je trouvais que ses chansons étaient assez proches de mon univers.» L’histoire retenue, C’était salement romantique, donne naissance à une des plus belles pièces de l’album dont les cordes somptueuses et la coda au charme capiteux nous font hâtivement songer à l’automne. Poitras s’explique mal la virulence des attaques à l’endroit de Cœur de pirate. L’écrivaine avoue s’être ni soucier de l’âge, ni de la (relative) instantanéité de son irruption sur la scène musicale. En s’abstenant de viser quelqu’un en particulier, elle dénote un certain paternalisme chez ceux qui s’en prennent à Martin. «Il a un peu de sexisme là-dedans. J’ai lu des commentaires à la suite du show qu’elle a donné au Club Soda, du monde qui se demandait qui est-ce qu’elle avait sucé pour se retrouver à ouvrir pour Benjamin Biolay alors que je sais très bien que Laurent Saulnier s’est pointé au Zoobizarre pour l’entendre et a décidé de lui donner sa chance parce qu’il aimait ça», explique-t-elle. La crisette de type «you’re either with her, or against us» n’est pas sans rappeler celle qu’avait provoquée Tricot Machine lors de la parution de son premier album. La scène locale serait-il allergique à la candeur, à la réussite rapide et au déficit de cynisme? Résultat de jalousie ou d’un malaise collectif avec la jeunesse? Difficile de trancher. «Au niveau international, on donne souvent la chance à des jeunes de s’exprimer et de faire de la musique, ceux qui ont le plus de succès présentement ont tous commencé à 19-20 ans. Pourquoi au Québec on n’aurait pas le droit d’avoir ça?», s’interroge de son côté Martin. Sans vouloir révoquer à qui que ce soit le droit de ne pas aimer Cœur de pirate, il n’en demeure pas moins que les nombreux commentaires émis à la suite de ces susmentionnés concerts font sourciller de part leur propension et leur insistance à souligner la très explicable inexpérience scénique de la svelte chanteuse, inexpérience qui, de visu, était surtout détectable lors de ses interventions, et non pas dans son jeu et son chant. Les sourcillements des personnes à qui votre humble serviteur annonçait lui consacrer un article déconcertent aussi, de quoi se demander s’il faut être honteux d’avouer s’intéresser à Cœur de pirate, comme il faudrait avouer le rouge aux joues (et à juste titre) avoir apprécié le dernier disque de Boom Desjardins. Malgré tout ce persiflage en sourdine, Béatrice Martin voit se dérouler devant elle une série de propositions, dont l’écriture d’une chanson destinée au prochain album de Stéphanie Lapointe. Avec un duo en compagnie de l’imbibé dandy Jimi Hunt de Chocolat figurant sur son album et l’apparition en ligne d’une vidéo promotionnelle mettant en vedette les délurés garçons d’Omnikrom et la bien branchée Annie Q, il est permis de croire que l’acrimonie et la condescendance manifestées par certains acteurs de la scène locale à l’égard de Cœur de pirate n’est pas épidémique. Conclusion: l’amour existe encore. (Domininc Tardif) Cœur de pirate disponible dès le 16 septembre 25 septembre – National (Montréal)
Un commentaire
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6 septembre 2008
Wo! Wo! Wo! Ma p’tite Coeur de pirate
Si t’étais pas si jeune j’taurais pris
Dis-toi que j’t'un gars patient
Pis viens me r’voir quand t’auras vingt ans
Ben non! Elle est super bonne, sti de débat de mongole ou comment brasser de la marde ridiculement.
Ceci dit, bon texte!