CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
Ondes Souterraines
10 avril 2008
Stephane Martel

Je me souviens comme si c’était hier du 8 avril 1994. C’était un vendredi. En début d’après-midi, j’étais dans ma classe de philosophie au Collège Montmorency. Ce cours était le plus ennuyant de ma session et le prof était détesté de tous et de toutes. Je me tortillais sur ma chaise et j’avais hâte d’aller prendre une bouffée d’air frais. Sans avertissement, mon voisin de gauche se penche vers moi et me murmure à l’oreille des mots que je n’oublierai jamais. «T’as entendu à la radio? Kurt Cobain est mort. Il s’est tiré une balle.» C’est alors que je me mets à trembler de la tête aux pieds. Comme lorsque j’ai appris la mort de Félix, de Gerry Boulet et de Freddie Mercury. Mais cette fois-ci, la secousse est encore plus forte. À l’échelle de Richter, c’est du 9,5. Cette mort, complètement inattendue, m’est tombée dessus comme une tonne de briques. Littéralement. C’était comme si on venait de m’annoncer le décès d’un membre de ma famille. Fort à ce point-là.

Pendant plusieurs semaines, je n’ai pas écouté une seule pièce de Nirvana. Aussi bête que cela puisse paraître, j’en étais incapable. Il fallait que je fasse mon deuil. Que la blessure cicatrise. Que les médias cessent d’en parler à tous les jours. Qu’on arrête de spéculer sur les circonstances entourant la mort de Cobain. Aujourd’hui, 14 ans plus tard, le bobo est bel et bien cicatrisé, mais je continue de croire que le jour où Kurt Cobain est mort, une grande partie de la scène rock est morte avec lui. Désolé d’en froisser quelques-uns, mais dans mon livre à moi (Stan, sors de ce corps), il n’y a pas eu d’autres révolutions musicales au niveau de la musique «populaire» depuis Nirvana. Et Radiohead dans tout ça? Pffff, vous voulez rire? L’influence de Cobain et de ses potes est immense et toujours ressentie aujourd’hui. Avec le retour (en force diront certains, pas moi) de la scène rock et des guitares, j’irais même jusqu’à affirmer qu’on la ressent plus que jamais cette influence.

Si Cobain voyait tout l’argent qu’on a fait sur son dos depuis ce triste vendredi, pauvre homme, il se retournerait dans sa tombe. Les compagnies de disques ne sont pas folles. Il y a toujours une méchante piasse à faire lorsqu’une légende rend l’âme. Surtout lorsqu’elle disparait bien avant son temps. C’est alors qu’elle devient une figure mythique et que ça rapporte. Depuis la mort de Cobain, je suis fier d’affirmer que je n’ai pas acheté un seul nouvel élément de marchandise nirvanesque. Que ce soit des compils de raretés, des DVD, le coffret… Rien. Et les films? J’ai vu ce qu’il y avait à voir. Cobain était un homme complexe. Très complexe. À mon humble avis, aucun documentaire qui a été réalisé depuis son décès (et ils sont nombreux) ne rend justice à l’homme, au musicien et au créateur. C’est un peu triste.

Lorsque je veux me rappeler le talent du bonhomme, je me ferme les yeux et j’écoute Lithium, le volume à fond la caisse. Ça me convient amplement. Pour moi, il est là tout l’héritage musical de Cobain. Dans ces 4 minutes 17 secondes bien tassées. Dans les trois albums studio du trio de Seattle aussi. C’est là qu’on retrouve l’essence du génie de Cobain. Pas besoin d’aller chercher plus loin. Pas besoin de se ruiner et d’aider à remplir les poches des dirigeants de son label. Tout est là.

Oui, Cobain m’a sauvé la vie. À une époque où je tournais en rond, sa musique fut une claque en plein visage. Et sa mort, aussi étrange que cela puisse paraître, a provoqué chez moi un regain de vie tout à fait incroyable. C’est à ce moment que j’ai découvert que tout le monde était mortel (même les génies) et c’est à ce moment que j’ai commencé à vivre. Pour de bon.

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