CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
Je zappe et je mate
14 mars 2008
Jean-Nicolas Labrie

Bon, ça y est: à ce stade-ci de l’année, la ville est finalement plus hockey que le pape peut être catholique. Les gérants d’estrades ne se sont pas fait prier, certains ont même déjà sorti leurs chaises de parterre… et on exagère à peine. Il faut dire qu’à Montréal, ville où le hockey est bien sûr vénéré, la frénésie des partisans n’a d’égale que celle de nos amis chroniqueurs sportifs, ceux-là même affectés à la couverture de notre équipe. D’ailleurs, il est intéressant d’étudier un tel phénomène de subjectivité sportive (ou de partisanerie, c’est selon), dans un médium aussi impitoyable qu’est la télévision, peu importe la facture que ledit phénomène peut prendre. Au Québec, le hockey suscite les passions, à nous d’en assumer les dommages collatéraux.

Au royaume de l’émission sportive qui frise la vulgaire chicane de taverne, il y a immanquablement 110% où les panélistes invités s’envoient presque leur chaise par la tête tellement la testostérone coule à flots. Avec une tablée de collaborateurs passionnés (ceux qui ont connu la game d’un bord, les méchants journaleux de l’autre), c’est une formule, aussi théâtrale soit-elle, qui a vraisemblablement fait ses preuves, les bonnes cotes d’écoutes en font foi, même dix ans après sa création. Victime de son succès, l’émission s’est fait parodier au dernier Bye Bye de RBO. La consécration, quoi.

Notre chère société d’État, désireuse de ramener le sport dans son giron, a transgressé l’écriteau «terrain privé» pour appâter Michel Villeneuve, un ancien débatteur de 110%, question d’animer La Zone, une version plus class et intello que sa concurrente de TQS. Plus subtile et moins criarde, on donne davantage dans l’analyse didactique et dans l’approche plus cérébrale du jeu. Vrai que l’on s’enflamme moins ici, mais la pertinence et l’intelligence dans le propos, ça n’a pas de prix. Villeneuve est baveux à souhait, Dany Dubé est un excellent analyste. Un vrai régal pour tous les vrais amateurs de hockey, en somme.

Chez RDS, on a décidé de voyager plus léger. Après le traditionnel match du samedi soir, voilà qu’on nous présente Le débat des grands chefs, un concept emprunté aux débats politiques télévisés. Chaque belligérant représente un parti politique factice, et à la toute fin de l’émission, à la suite d’un vote fait par les téléspectateurs, on déclare un chef gagnant, par rapport à sa performance lors du débat. Quoique brouillonne, l’émission n’hésite pas à inviter toute sorte de monde, Louis Morissette en passant par Jean L’Italien, de Mahée Paiement jusqu’au boxeur Lucian Bute. C’est sympathique, bien animé, drôle… Une agréable façon de terminer son samedi soir (si on a plus de trente ans).

À TVA, pas d’émissions de sport en tant que tel, mais on compte tout de même sur le bon vieux Ron Fournier qui, les soirs de matchs, vient faire son petit commentaire lors du bulletin de nouvelles de fin de soirée. Aussi sympathique soit-il, Ronald est davantage un homme de radio. Néanmoins, on a réservé une belle place à cet ancien arbitre au style coloré, ce qui permet à TVA d’avoir malgré tout son mot à dire dans le créneau de l’opinion sportive télévisuelle.

Le constat
Quatre angles télé différents pour aborder un seul et même sujet: le Canadien de Montréal. Pas de doute, on consacre beaucoup de temps d’antenne à notre Sainte-Flanelle. On s’obstine sur tous les tons à savoir si Latendresse a un assez bon coup de patin, à décortiquer la décision de Daniel Brière d’avoir choisi Philly à la place de Montréal, si Price est suffisamment prêt pour être le numéro un. Et on ne parle pas des nombreuses émissions de lignes ouvertes radiophoniques qui ne font qu’engraisser le phénomène.

À la lumière de tout cela, un fait demeure: que le Canadien gagne ou perd, il continue d’embraser sa clientèle, qui ne fait qu’en redemander. C’est de la passion à l’état brut. Mais en même temps, ce n’est que du hockey. Alors pourquoi en débattre aussi intensément, comme si c’était la fin du monde, à la télé en plus?

Le 29 février dernier sur les ondes de Télé-Québec, c’était la centième émission d’Il va y avoir du sport, émission de débats animée par Marie-France Bazzo qui s’intéresse davantage aux réels enjeux de la société québécoise plutôt qu’à une bande de millionnaires nombrilistes. Pour cette centième, l’équipe de production a organisé un match des Étoiles, invitant une dizaine de débatteurs-vedettes répartis en deux équipes à venir s’affronter, sur un ton très léger, sur des joutes intellectuelles diverses. Deux invités surprises (et pas les moindres) sont venus pimenter les débats: Michel Bergeron et Jean Pagé, les deux protagonistes du 110% de TQS. Coïncidence? Oh que non. Et c’est justement là tout le génie de la bande à Bazzo.

Comme la LNI l’avait fait il y a trente ans, Il va y avoir du sport a réussi à infuser l’esprit d’une partie de hockey à l’intérieur d’un canevas plus pointu, qui demandait un certain effort quant à son assimilation, à sa pleine compréhension. Dans le cas qui nous intéresse, réussir à adapter les grandes lignes du hockey à une émission de débats aux sujets très sérieux se veut une idée des plus lumineuses. En écartant la lourdeur d’une telle entreprise en la remplaçant par une facture plus décontractée, en jouant avec les références sportives pour ainsi faire passer la pilule de façon plus allégée, c’était un pari qui relevait de l’audace. Or, ce show de chaises moderne, qui roule à pleine vapeur depuis quatre ans, ne montre aucun signe d’essoufflement apparent. L’exploit est encore plus digne de mention, car c’est Télé-Québec qui diffuse l’émission. On ne parle pas ici d’une grosse machine à la Quebecor.

Michel Bergeron et Marie-France Bazzo réunis sur un même plateau? Faut croire que le hockey possède des vertus plutôt insoupçonnées…

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