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![]() Il y a vingt ans de cela, nous pouvions compter sur dix doigts les formations se réclamant du pôle extrême qu’était le Death Metal. Sur le lot figurait tout de même cette bête rugissante à souhait qui en ajoutait une couche en s’égosillant sur des thèmes renvoyant au grotesque des plus graphiques repiqués dans les série Z, et rehaussant de quelques crans les notions de vitesse et brutalité musicale. C’était il y a vingt ans. Aujourd’hui considéré par plusieurs comme une icône du genre, la stature de Cannibal Corpse se passe aisément de présentation – après dix albums, quantité de EP et démos de même qu’un nombre incalculable de tournées aux quatre coins du globe, l’heure semble en être au bilan. Pour marquer le chiffre rond, le quintette de Buffalo livrent donc ces jours-ci un coffret de trois DVD, Centuries of Torment: The First 20 Years [Metal Blade], retraçant ce qui se veulent les moments-clés d’un parcours aussi sanglant que singulier. Alex Webster, bassiste de la première heure – à qui l’on doit le nom de la formation – pose un regard sur le chemin jusqu’ici parcouru et nous donne quelques pistes sur ce qui reste à venir. Catharsis de l’extrême Se postant dans la peau de l’auditeur/spectateur pour mieux saisir la fascination quant au genre promulgué par le groupe, Webster y perçoit quelque chose d’une sublimation : « J’apprécie pouvoir être soumis à la douleur et la peur sans en souffrir directement. […] Pourquoi les gens apprécient observer des tueurs en série, le crime organisé, et toutes ces réalités qu’ils ne saisissent pas nécessairement dans leur quotidien ? Peut-être est-ce que, en bout de ligne, ça participe à désacraliser le concept – à désamorcer l’effet de peur qui y est relié. » Commentaire louable bien que générique et dont le fond se révèle ici beaucoup plus dans une association directe au cheminement plus personnel de l’homme. « J’ai grandi dans un environnement très stricte et religieux, nourrit par la peur des fantômes et des esprits qui me guettaient constamment. Tout ceci déchiré entre des notions du Bien et du Mal symboliquement très évocatrices. Ce qui fait qu’aujourd’hui encore, il y a probablement une partie de moi qui cherche à déconstruire toutes ces notions ingérées – les faire éclater dans une mesure tout à fait exagérée. La mort, la terreur, et les esprits maléfiques font toujours partie de mon inconscient. » En matière de blessures et de peur, le bassiste ayant participé à l’écriture de titres tels “Fucked With A Knife” ou encore “Puncture Wound Massacre” sait de quoi il en retourne. Ayant su cultivé autant les louanges des amateurs que la controverse, si ce n’est littéralement la censure complète, auprès de ses détracteurs – nombre d’associations religieuse et/ou conservatrices – Webster, aujourd’hui père de famille et très lucide quant à la mince ligne sur lequel repose le corpus de la formation, nuance son propos. Entre ladite promotion de la violence dont certains les accusent et la simple création musicale, il stipule : « C’est délicat à partir du moment où nous convergeons vers le sentiment de peur – nous aimons savoir que le résultat est perturbant, voire choquant. Nous voulons toujours créer la surprise dans le détour et ça devient, avec le temps, toujours plus ‘pointu’. […] D’autant plus que lorsque nous étions jeunes, nous n’avions aucune limite en ce qui touche aux paroles, nous creusions le filon de la horror music comme nous aimons l’appeler. Au final, je ne vois pas en quoi nous serions plus ‘dangereux’ que Stephen King ou Clive Barker. » L’Éveil par le Tourment Ainsi, après toutes ces années à repousser les limites du macabre dans les extrêmes, le recul et le temps portent-ils leur lot de regrets ? « Je ne crois pas que j’y changerais quelque chose. Au-delà des controverses, nous avons tout de même pu jouir d’un succès assez fort pour nous mener jusqu’ici. La controverse y a même sans l’ombre d’un doute contribué alors… » Un parcours jalonné du meilleur et son contraire que l’on revisite avec plaisir sur Centuries of Torment : « Il y a tellement d’éléments qui tapissent le parcours du groupe sur vingt ans… j’espère surtout que nous avons bien su y sommer l’essentiel. Elle [Denise Koricky, réalisatrice/productrice du projet] tenait à donner un sens à l’histoire du groupe dans son ensemble : les controverses, l’évolution scénique, les changements de personnel, etc… » Et malgré les présages de finalités que pourraient sous-entendre la sortie d’un DVD-bilan, la formation semble bien loin d’abdiquer. « C’est par-delà l’envie de tuer, c’est un esprit que nous essayons toujours de cultiver, d’être aussi vite, agressif et lourd que possible. Le prochain album sera une extension de Kill [dernier en liste paru en 2005], la même vibe en y ajoutant bien sûr de nouveaux éléments. […] Musicalement, ce sont les pièces les plus difficiles que nous avons écrites à ce jour. Et malgré les complexités au niveau des structures, le tout sonne très brute. C’est une ligne très fine que l’on s’oblige à maintenir. » Avis aux intéressés : les cinq métalleux entreront en studio en septembre prochain pour enregistrer ce qui sortira en 2009. Brutalement vôtres. (Stéfane Campbell) Centuries of Torment : The First 20 Years en magasin maintenant. www.cannibalcorpse.net/
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