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PODCASTS

Reportages et entrevues
31 mars 2008
Dominic Tardif

Ils sont nés voyous et pourtant on peine les imaginer membres d’un gang de motards criminalisés. C’est qu’on a rarement vu d’aussi colorés voyous que les garçons de Born Ruffians. Les trois Torontois lançaient récemment un premier album complet, Red, Yellow and Blue.

«Nous étions à Paris la semaine dernière et c’était pire là-bas», m’assure Luke Lalonde, chanteur et guitariste, à propos de la qualité de mon anglais. C’est que j’espérais qu’un des trois membres du groupe puissent me répondre en français, compte tenu de leurs noms de famille (Mitch DeRosier à la basse, Steve Hamelin à la batterie). Mais non, les membres ont beau avoir choisi trois couleurs pour titrer leur album, il ne maîtrise qu’une seule langue.

Cette simplicité qu’évoque le titre de ce premier album rappelle d’ailleurs la simplicité pop de la musique du trio bien que Luke n’ait pas choisi ces trois couleurs dans le but de décrire implicitement la manière Born Ruffians: «c’est vrai que nous utilisons les trois instruments de base d’un groupe rock, mais si on a intitulé l’album de cette façon, c’est que ces couleurs me fascinaient d’une façon enfantine et un peu bizarre». Il faut dire que les trois jeunes hommes sont tout juste au sortir de l’adolescence (ils ont 21 et 22 ans). «Quand on a déménagé à Toronto, on ne pensait pas être en mesure de réaliser notre but [lancer un album] aussi rapidement, mais on a beaucoup d’années devant nous. On espère acquérir plus de maturité et plus de recul sur l’art d’écrire des chansons afin d’arriver à créer un son parfait.» On comprend également mieux pourquoi Red, Yellow and Blue est pétri d’une telle spontanéité et d’une telle innocence toute adolescente, impressions que Born Ruffians forge entre autres à force de refrains repris en chœur et de livraison instrumentale un peu brouillonne.

Cette façon de décrire des chansons accrocheuses prend parfois de drôles de chemins, comme sur Foxes Mate For Life, chanson d’amour-métaphore à des mille et des lieux de la bluette sentimentale habituelle. «Je suis très intéressé par la vie animale, je regarde beaucoup de documentaires à ce sujet. J’espérais que les gens puissent reprendre cette phrase-là en chœur avec nous.» Lalonde ne s’inspire cependant pas seulement de nos amis les animaux. En fait foi cette chanson intitulée Kurt Vonnegut du nom du célèbre écrivain et pamphlétaire américain décédé l’an dernier. «Je l’ai écrit avant qu’il meure. Je lisais Cat’s Cradle et j’ai transcrit tous les petits poèmes qui ponctuent le roman. Il y en avait un que j’aimais tellement que j’ai décidé d’en faire un couplet d’une chanson, mais comme je me sentais mal de l’avoir volé à Vonnegut, j’ai décidai de donner son nom à la chanson en espérant qu’il ne soit pas choqué.»

Luke, Mitch et Steve poursuivent une tournée qui leur a déjà permis de jouer devant les mélomanes parisiens, berlinois et londoniens. Voilà la preuve que trois couleurs bien choisies peuvent faire beaucoup de millage et qu’elles peuvent permettent aux voyous de traverser douanes et frontières sans se faire intercepter par de bedonnants constables, tous floués et aveuglés qu’ils sont. (Dominic Tardif)

www.bornruffians.com

17 avril – Zaphod Beeblebrox (Ottawa)
19 avril – Casa del Popolo (Montréal)

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