CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
Je zappe et je mate
10 avril 2008
Jean-Nicolas Labrie

Transformation extrême chez MusiquePlus. La dépêche, atterrie dans Le Soleil du 20 mars dernier, a eu l’effet d’une bombe au sein de la communauté artistique québécoise. Dans mon entourage immédiat, la plupart des gens à qui j’ai annoncé la nouvelle ont sensiblement eu le même genre de réaction qui se résumait à peu près comme suit: «Bah, y’était temps qu’ils fassent quelque chose…». Un constat peu flatteur, ironiquement fait par de jeunes adultes, ceux-là même qui écoutaient en boucle «la plus cool des télés» il n’y a pas si longtemps. Le même public déserteur qu’on tentera d’aller rechercher en remettant la bâtisse à neuf.

Chez MusiquePlus, on explique cette refonte majeure en s’appuyant sur plusieurs facteurs atténuants. Les parts de marché de la station n’ont cessé de décroître depuis environ quatre ans, atteignant même un maigre 1,7% chez les 18-34 ans cet hiver, un résultat somme toute alarmant. Impossible aussi de passer à côté de l’émergence fulgurante des nouvelles technologies (Internet et YouTube en tête) qui ont relégué les belles années de la chaîne (rappelez-vous l’âge d’or de MusiquePlus quand celle-ci se voulait l’ultime référence en matière d’information musicale et d’avant-gardisme sur le plan factuel) au rang de simples souvenirs d’adolescence. Question de tourner le fer dans la plaie, la station n’a pas été épargnée par les virulentes critiques ces dernières années, surtout en ce qui a trait à la programmation de moins en moins axée sur les vidéoclips (et la musique en général), laissant une grande place aux reality shows américains sous-titrés et autres émissions désincarnées à l’humour douteux (la résurrection de Coup de foudre en est un bon exemple).

Qu’on change le logo, la couleur des murs, l’habillage visuel, qu’on déchire le contrat des jumelles Fay et Audrey (et celui de Valérie Roberts tant qu’à y être), qu’on rafraîchisse le mandat de la station, je veux bien. Par contre, il y a lieu de se demander: et si c’était trop peu, trop tard?

Coupe dans la brousse, coupe dans les bois
Dans une chronique antérieure, j’ai déjà égratigné l’animateur du magazine culturel Méchant contraste!, Matthieu Dugal, magazine diffusé sur les ondes de Télé-Québec. En gros, j’affirmais que, malgré une intelligence certaine et une curiosité intellectuellement nécessaire, Dugal adoptait un style d’animation maniéré résolument trop urbain, qui faisait justement contraste avec les enjeux culturels régionaux (parfois d’une platitude sans nom) que son magazine pointu daignait fouiller. En somme, il me tapait sur les nerfs et je réclamais sa disparition totale des ondes, rien de moins!

Bon, vous aurez compris que toute cette mise en scène était quelque peu exagérée et que dans le fond, tout ça relevait davantage du théâtre que de la réelle critique constructive. Cependant, même si je ne regrette en rien mes propos (il me tapait réellement sur les nerfs!), voilà qu’on se retrouve tout de même avec un animateur éloquent sans travail puisque le diffuseur du magazine, Télé-Québec, a annoncé dernièrement qu’il mettait un terme à l’émission après quatre belles années à l’antenne et une cote d’écoute fort respectable de 50 000 fidèles chaque semaine.

Bref, tout ça pour dire que dans le cas de Matthieu Dugal, rien de sert de s’inquiéter, il finira par se trouver du travail et rapidement à part ça. Il n’est nullement responsable de cette drôle de décision quant à moi. À la lumière d’un CV aussi étincelant (le type a été animateur à la radio de Radio-Canada, journaliste pour Ici, recherchiste télé et tutti quanti), ce touche-à-tout verbomoteur a certes du talent à revendre. Peut-être le reverrons-nous au sein de la nouvelle mouture de MusiquePlus, qui sait?

À Cash City
Je n’étais pas ce que l’on pourrait appeler un fan fini de La Petite Vie, à l’époque où ce téléroman radio-canadien scotchait littéralement les Québécois à leur téléviseur (l’épisode du 20 mars 1995 seulement a réussi à capter un auditoire de plus de 4 millions de téléspectateurs, wow!). Par contre, j’ai toujours aimé l’écriture de Claude Meunier, de la période Paul et Paul jusqu’aux inoubliables Voisins, sans oublier la glorieuse époque de Ding et Dong et du long-métrage de 1990 qui s’en suivit. Meunier représente pour moi un auteur formidable, au style unique, un type que j’ai toujours admiré.

Or, c’est avec une certaine curiosité que je me suis tapé pour la première fois la télésérie Détect. Inc. que Radio-Canada a décidé de programmer en reprise les samedis soirs de mars après le Téléjournal de fin de soirée. Diffusée pour la première fois à l’hiver 2005, cette série aura essuyé à l’époque son lot de critiques négatives, principalement construites autour du budget faramineux que disposait la production (on parle au bas mot d’un budget frisant le 1,1 million de dollars l’épisode, ce qui est énorme) et du style d’écriture de l’auteur (on était à des miles du canevas une ligne-un punch). Meunier subissait donc un premier véritable échec, la série fut autant boudée par les critiques que par les téléspectateurs… À la suite d’une importante série de coupes budgétaires gouvernementales, ce flop annonçait tranquillement l’agonie des séries télé dites «lourdes» au Québec.

Dommage qu’un tel traitement fut réservé à cette œuvre car à la lumière de ce que j’ai regardé jusqu’à présent, on parle ici d’un produit télé extrêmement divertissant, fort bien écrit (les dialogues fondent en bouche) et au casting relevé (Gilbert Sicotte est particulièrement remarquable). Bref, une émission originale, hors des sentiers battus, qui passera malheureusement à l’histoire pour le traitement assassin qu’elle aura subi, au détriment de ses qualités artistiques, très nombreuses. Peut-être qu’après un purgatoire de trois ans, la série obtiendrait-il son pardon en se rendant disponible en coffret DVD?

Le temps est le meilleur des pansements, comme on dit.

Pour réagir à cette chronique: je.zappe@gmail.com

Pas encore de commentaire. Laisser un commentaire