22 juillet 2008
Martin Véronneau
Les rappeurs de la Belle Province ont toujours eu l’étiquette de fauteurs de trouble notoires par le reste de l’industrie du spectacle. Pourtant, une grande majorité de cette scène est constituée de jeunes hommes et femmes d’affaires qui ne souhaitent que démontrer que le hip-hop peut remplir des salles de concert et que les shows peuvent être professionnels. Parmi ceux-ci, Anodajay, un rappeur et promoteur de spectacles de la région d’Abitibi-Témiscamingue qui s’est fait offrir par l’équipe de programmation des FrancoFolies de monter à nouveau son événement Rassemblement HHD.
Parle-nous un peu de ce deuxième Rassemblement HHD.
Le but, c’est de rassembler les acteurs les plus actifs de la scène hip-hop présentement et de faire le plus gros show possible. La majorité des artistes qui seront présents faisaient partie du premier HHD qui a eu lieu en avril l’an dernier et sont parmi les plus importants artistes à l’heure actuelle. Pour le prochain show, on a ajouté quelques noms parce qu’on ne voulait pas mettre personne de côté, quoiqu’il y aura toujours des gens de côté, pas par manque de qualité, mais parce qu’on veut pas que le show dure toute la vie…
Comment arrives-tu à choisir ces artistes-là? Ils doivent tous t’approcher pour te demander une place…
Je vais t’avouer qu’au premier spectacle, les gens ne savaient pas trop à quoi s’attendre. Tout le monde était un peu sceptique. Il y a déjà eu des promoteurs qui ont essayé de produire des shows dans ce genre-là avant et ça n’avait pas fonctionné. C’est sûr que c’est un gros risque de faire un show comme ça, mais quand on a rempli la place la première fois, on a eu plein de courriels d’artistes qui me disaient «hey, tu m’as oublié!» ou «prochaine fois, je veux être là». Je veux récompenser les artistes qui travaillent fort et qui mettent les efforts pour se faire voir et se faire entendre, qui vont investir dans leur musique et dans leur carrière. Il n’y a pas de noms inconnus. Il s’agit d’artistes établis qui ont au moins un album à leur actif.
Parlant d’artistes établis, est-ce que tu as l’impression que le milieu s’est finalement structuré un peu?
Justement, je pense que le HHD a été un bon pas dans ce sens-là. Dans le hip-hop, il y a beaucoup de compétition et c’est généralement chacun pour soi. Même si un artiste est connu, ce n’est pas toujours assez suffisant pour remplir un Club Soda. En plus, le Rassemblement HHD a permis à plusieurs artistes de se rencontrer et d’apprendre à se connaître. Le monde se parlait un tout petit peu au début, mais à force de faire des shows ensemble, on a fini par créer des liens encore plus forts. C’est très positif pour la scène hip-hop. Le HHD qu’on a fait en avril 2007 au Club Soda, on a refusé du monde à la porte. Ça faisait longtemps que ce n’était pas arrivé pour un show hip-hop. Les gens ont commencé à croire que c’était possible. Les petits bouts de cul qui tripaient sur Dubmatique dans le temps ont vieilli et ce sont rendus des hommes qui ont 25-30 ans et qui sont capables de s’organiser maintenant.
Sens-tu que tu as une certaine responsabilité du fait que tu es l’instigateur de l’un des événements hip-hop qui a le plus de visibilité en ce moment?
La responsabilité appartient un peu à chacun des artistes qui travaillent à faire de cet événement là une réussite. Moi seul, ce que je pouvais faire, c’était de rassembler les gens. Ma responsabilité se limite en fait à mes qualités de rassembleur. Je veux que les gens comprennent que c’est l’union qui fait la force dans ce cas-ci. Y’a pas un artiste qui est plus important que les autres et ça, je leur ai tous dit quand je les ai approchés. Le succès du show repose sur la différence des artistes qui participent et sur le concept de l’événement.
Crois-tu que cet événement aura donné le goût à d’autres promoteurs de continuer ce genre d’initiative?
Ç’a soulevé beaucoup de questionnements. Je lisais sur des forums que les gens ne comprenaient pas comment on avait pu avoir ce succès-là. Ils disaient: «Comment ça nous autres on arrive pas à remplir une salle de 200 personnes à Montréal et qu’un gars qui vient de l’Abitibi arrive à monter un show à distance et à remplir la salle?». On en voit de plus en plus qui font des plus grosses salles – L’Assemblée a rempli le Club Soda récemment. Le concept du HHD qui fait que tous les rappeurs passent l’un après l’autre, sans arrêt, ç’a piqué la curiosité du monde. Il y a toujours une surprise parce que chaque artiste fait ses plus gros succès et comme tu ne veux jamais manquer ta toune, tu n’oses même pas aller pisser…
Vous pouvez donc souligner à votre agenda la date du 25 juillet. Sur scène, aux côtés d’Anodajay, vous aurez le plaisir de voir et d’entendre Samian, Imposs, Loco Locass, L’Assemblée, Sans Pression, Accrophone, Webster, Sagacité, Manu Militari, CEA, Boogat, MC La Sauce, DJ Horg et quelques autres. Et si vous y allez, passez aux toilettes avant que ça ne commence… (Martin Véronneau)
www.anodajay.com
25 juillet – Métropolis (Montréal)
26 juillet 2008
Bravo pour le rassemblement au Metropolis hier. Formidable et bien déroulé. Je n’aime pas le Hip Hop pour les raisons ci-haut mentionnées. Préjugé etc. Mais hier au Metropolis j’ai vu et entendu des gens qui savent écrire des gens qui tiennent leur beat à coeur et surtout une salle réceptive au Hip Hop Québécois français. Bravo!