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Reportages et entrevues
15 septembre 2008
Stéfane Campbell

Aids Wolf fait bande à part dans le faste paysage musical montréalais. Se soumettant à une discipline et une rigueur sans pareil – et dont les neufs fondements, à prendre au pied de la lettre, peuvent être lus sur le site du groupe – et ayant déjà épanché sa furie exploratoire sur moult E.P., split et autres Bootlegs en cinq années d’existence, en plus de tourner régulièrement à travers le monde, la formation présente ce mois-ci son deuxième album complet sur Skin Graft Records. Toujours aussi déboussolant tant sur le fond que la forme, le quatuor au nom pour le moins controversé – « C’est devenu absurde. On s’est fait taxés de racistes, d’homophobes tout simplement parce qu’on mentionne le mot AIDS : n’importe quoi, vraiment ! » – s’apprête d’ailleurs à reprendre la route pour y présenter le dernier-né. Chloe Lum, vocaliste déjantée, commente quelques aspects fondamentaux au sein du groupe.

L’Éthos D.I.Y.

C’est quelque chose de primordial pour tous les members, à un point où c’est absorbé dans tout les aspects de nos vies donc il deviant difficile de cerner à quell point ça l’est sur le plan musical, ça fait partie de nos vies, point. Nous avons un mode de vie très ‘homemade’, on crée la plupart des trucs qui nous entourent. Tout cela s’inscrit dans une logique purement D.I.Y. au possible selon quoi ‘je suis l’unique personne responsable de rendre ma vie intéressante’. Make it happen. Et c’est définitivement un des moteurs de création du groupe.

La scène noise montréalaise.

Il y a énormément de bonne musique qui provident d’ici bien qu’une grosse frange de musiciens fait des trucs plus pop qui m’interpellent moins et qu’en matière de musique agressive, c’est plus discret. Nous travaillons beaucoup à changer la donne, a former une scène plus forte, des trucs no-wave, no-rock et tout ça. […] Trois d’entre nous sommes impliqués dans les « Pirates of the Lachine Canal », un groupe de gens qui organise divers événements en lien avec le genre : shows, soirée thématiques, expos, etc…

La philosophie d’Immersion Esthétique Totale du groupe et de l’impact du livre Get In The Van.

S’il vaut le coup de faire de la musique, de l’art, de s’impliquer dans sa communauté, de demeurer integer à ses valeurs: il est essential d’en faire une mode de vie, une discipline constante. Black Flag pouvaient faire 280 shows par année dans des conditions excécrables (problèmes légaux, paumés, etc…). Le récit remet tout en perspective. Tous les sacrifices qu’un tel choix de vie impose – tout cela au nom d’une vision – dans l’adversité, la gratification de ne pas céder est encore plus importante. Je crois que c’est un livre essentiel pour quiconque adhère à l’éthique D.I.Y. Rollins se dépeint comme un gars tout à fait ordinaire avec une vision et une volonté immuable. Ça n’a rien à voir avec un talent inné, il faut surtout y croire. […] Nous avons fait notre première tournée d’un mois sans label, avec des CD-R et des cassettes enregistrés que l’on distribuait partout où l’on est allés. Quand tu fais de la musique plus difficile d’approche, le gens ne viennent pas nécessairement à toi, il faut que tu t’impose un peu plus. Bien sûr, ce sont des trucs qui attirent une portion plus marginale de gens, il faut composer avec tout ça.

Le nouvel album Cities of Glass

Stylistiquement, nous nous rapprochons plus de cette dichotomie entre rock et expérimentation, dans la déconstruction des structures. En fait, quand je réécoute le premier album, je le trouve vraiment plus ‘straight’, c’était une étape à franchir pour en arriver là où nous sommes aujourd’hui. Le nouvel album est, en ce sens, beaucoup plus sophistiqué, le son global est plus incorporé à la structure d’ensemble. Nous avons travailler en studio avec un réalisateur, ce qui a beaucoup plus affûté la force de frappe. Il a saisi exactement ce que nous visions et nous a accompagné là-dedans, ce fut une grande leçon musicale.

La nuance entre musique engageante et subversive.

Nous sommes là pour faire de la musique qui démolit le statuquo. Du coup, nous tenons à être confrontant tout en élaborant un groove auquel les gens peuvent se rattacher. Ce sont des compositions, avec riffs, répétions, refrains, etc, qui reposent sur l’abstraction. C’est probablement le principal défi lorsqu’on fait ce genre de musique. Le but de Aids Wolf est d’être un groupe rock expérimental, deux entités qui ne vivent pas naturellement de façon conjointe. Nous voulons voir jusqu’à quel point nous pouvons faire sauter les limites du rock mais aussi du blues, du psychédélique, du free-jazz… nous poussons notre luck le plus possible.

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