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Le petit tavernier
6 novembre 2008
Sunny Duval

Il est 2 heures du matin, on est samedi, on est septembre, on arrive à côté de l’Astral 2000 sur la rue Ontario (Est, bien sûr). C’est quoi la première chose qu’on voit juste avant de passer la porte? Du monde qui fume dehors, dont une fille qui rit, les totons sortis de sa blouse. Un excellent avant-goût de ce qui m’attend en-dedans.

La rue Ontario, c’est comme la rue Papineau mais avec quelques putes dessus. L’Astral 2000, c’est comme une taverne, mais avec un freak-show karaoké dedans. C’est pas mal ça qui karatérise, pardon, caractérise ce bar.
On entre pendant qu’une femme chante avec voix «Mais moi…je n’suis qu’uNEEEEEE chanson…» Une fois que j’ai ma grosse bière-clamato en main, je m’assois presque devant la scène avec mes amis André Pas-Marcotte (sexe féminin) et Tomahawk LeGland, mon patron dans un magazine concurrent. Il appréciera sûrement ce pseudonyme qui permettra de ne pas l’identifier.
Tomahawk est déjà bien rond, tantôt il s’est enfilé quelques grosses canettes de Bud avec une paille (je blague pas). Il va au bar se commander deux bocks (?). Pourquoi pas. André est paquetée aussi, elle a bu une demi-bière avec sa bouche de rousse. Elle se dépêche d’aller donner son nom pour chanter, il reste pus beaucoup de temps. Elle contourne les deux belles grosses filles qui chantent «Papa don’t preach» pour aller donner son papier avec le nom de la toune dessus à la merveilleuse Perle, animatrice en paillettes et béquille ce soir, pauvre p’tit cœur.

Pendant que «Casanova» chante Kaïn (ahhh), j’admire la boule de lumières qui tourne sous les black lights, éclairant les cœurs (fraises?) qui pendent du plafond, près des draperies argentées. Casanova a la plus belle moustache du monde, elle se termine même en un subtil bouc. Dur à imaginer, mais c’est pas mal ça.
Pas facile de choisir une toune, il y a des milliers de titres dans les cartables. Woups, Tomahawk vient d’allumer sa cigarette dans le bar, sans s’en rendre compte. André l’amène dehors. Ils manquent une rondelette blonde avec des gros cheveux et une impressionnante craque, qui chante «Touch me» avec tout son cœur, surtout dans le bout instrumental où elle fait des bruits de jouissance super fort, ça fait distortionner le système de son. É-c-o-e-u-r-a-n-t. En plus c’est sa fête. Je me demande c’est qui qui va être le chanceux ce soir. Ou la chanceuse. Ou les chanceux.

Vous devez absolument aller dans les toilettes des gars, pas pour la propreté mais pour le miroir déformant. Il est tout croche, gondolé, ondulé, je sais pas trop, mais je ressemblais à Garoo quand je me suis vu dedans. Ça m’a traumatisé, j’ai eu besoin d’une bière, donc je suis allé voir Martine la barmaid, tellement belle et gentille, j’avais envie d’aller lui gagner tous les toutous dans la machine à toutous. En plus sur la machine ça dit : Attrapez le toutou avec une étiquette «Gagnez un cadeau» et vous gagnez un cadeau. Bonne chance.

Perle lance dans le micro «OK c’est parti mon kiki!» Une femme entonne a capella dans le micro «Une p’tite pélule, une injection, une infection,…» André me regarde les yeux ronds et dit «Oh MAGOG!» Puis elle et Tomahawk chantent en duo «Ces bottes». Tomahawk fait beaucoup de faussage. Perle jamme sur un kit de bongos près de son ordi.

Trois heures et demie, on marche sur la rue. Une porte d’appart est ouverte, y’a un party avec 20 personnes. Je dis : «On va-tu voir pour voir?» On entre. André salue. Pendant ce temps, Tomahawk se dirige tout droit vers le frigidaire, à travers les gens, et revient avec deux bières sans dire un mot. André salue. On quitte le party.

L’Astral 2000, 1845 rue Ontario Est, Mtl.

sunny@lesbreastfeeders.ca

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