CHRONIQUES
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Simon Jodoin
La culture, c’est comme la confiture…
Le petit tavernier
Sunny Duval
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Jet Set de Ruelle
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Danny Chose
Le petit tavernier
6 juin 2008
Sunny Duval

Je suis à Lafayette en Louisiane. Comme d’habitude, mon voyage me coûte rien, pasque je suis ici pour jouer de la guitare pis que le gouvernement insiste pour m’envoyer aller jouer ailleurs. En fait, je dis que ça coûte rien, mais ça me coûte tout ce que je dépense sur place. Pis comme j’aime pas faire de la peine au gouvernement, je me plaindrai pas.

Je commence ma soirée par une bonne bière Tecate (une caisse de douze c’est environ $10 au dépanneur), que je descends en regardant le Canal Jésus, ou le Canal Juif à la télé, je me rappelle pus le nom mais c’est extra-plate. Sauf peut-être le gars qui chante «Open the eyes of my heart».

Ensuite je vais au centre-ville mini, après avoir traversé l’humidité et un champ de petites maisons en tôle froissée et aux fenêtres réparées avec du ruban, pour aller manger un ragoût de crevettes à la sauce pic-pic, comme disent les terribles Soeurs Moncada, redoutées dans la région. Je les croise d’ailleurs au bar Renaissance, où je prends un «digestif» (bin voyons donc, comme si un drink allait faire descendre mes belles crevettes). Je décide de quitter ledit bar, une fois que les terribles Sœurs Moncada m’avouent avoir chacune un revolver dans la sacoche. Je suis pas très friand de ce type de bonbons. En plus elles s’envoient régulièrement des shooters avec quelques pilules, après être sorties fumer un joint de leur pot fantastiquement puissant. Je quitte donc.

On m’a recommandé le 307 Downtown (307 Jefferson St.), à 2 minutes d’ici. J’ai réussi à me faire mettre sur la liste d’invités par Kara Kadabra, une sympathique petite bête, j’aurai pas à payer pour encourager le groupe qui joue ce soir. Fiou. Si vous pensez que je vais payer pour entendre de la musique, pfff. À la place je vais engraisser le patron de la brasserie Newcastle, qui vend ici sa bière $3,50 servie par Nathalie. Y’a un barman aussi, mais Nathalie is all I need baby.

Ç’a l’air de quoi? Bin, c’est un grand rectangle avec un bar en U au milieu, le plafond est très haut, c’est sombre et pas mal beau. Sauf peut-être les toiles sur les murs, quoiqu’elles sont assez laides pour en rire : y’a le Capitaine Jacques Spa-Rheault, hideux, tout comme James Bronze, Bob Marlène, et surtout Jim Morrissette, vraiment affreux. J’ai en mal au ventre à force de rire (ou est-ce la sauce pic-pic? Ou les pilules que les Sœurs Moncada ont jetées à mon insu dans ma bouteille de Red Stripe en forme de sein?). Les clients sont presque tous jeunes (vingtaine), et tout le monde sourit. Normal, y’a un excellent groupe de musique Cajun ce soir, Feufollet, en train de chanter son hit «Demain c’est pas dimanche». Ça danse le two-step dans tous les coins. La musique Cajun, c’est comme le country-western pis la musique Hawaïenne, même si les paroles sont tristes, impossible de pas sourire, c’est la musique du bonheur. Ah, tristes Émos et Indies, séchez vos pleurs, j’ai des remèdes à votre douleur, autres que jouer de la guitare en regardant par terre.

À ma gauche au bar, y’a Chuck, qui barbouille des phrases sur une napkin de bar. Moi je préfère barbouiller mes niaiseries sur des vieux papiers rigides, ça écrit mieux, pis je risque moins de me moucher avec. À ma droite, y’a un gars qui se fait péter la traite, comme on dit, par une femme de 45 ans et ses deux filles de 20 ans. Je me demande comment ça va finir cette histoire-là.

Je prends une énorme shot de bourbon ($3) avec Nathalie et Kara, avant de sauter dans une navette vers l’hôtel. Le chauffeur ressemble vraiment à Pierre-Fa Lardo. J’ai un peu peur. J’aurais dû voler une sacoche avec une arme dedans, au cas où.
sunny@lesbreastfeeders.ca

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