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Semi-automatique
Espèce aussi majestueuse que menacée, la «grus Americana» est le plus grand oiseau d’Amérique du Nord. Avec ses ailes si fortes, si souples, elle peut franchir plus de 750 kilomètres par jour. Bête fauve et zoziau affriolant, la grue blanche est aussi réputée pour sa parade nuptiale complexe composée de danses et de cris… C’est d’ailleurs grâce à ce tango corsé que cette grosse conne n’est pas capable de se reproduire, car il n’en reste plus que 340 sur la planète! Constat aussi funeste pour le disque compact, non seulement le téléchargement – légal ou pas – est en train de le brûler à petit feu, mais ces sniffeux de colle Lepage en puissance qu’on surnomme les musiciens s’en mêlent eux aussi. Dix ans avant même que les bonzes blafards de Radiohead n’offrent leur plus récente oeuvre colorée sur la Toile, le-nain-de-jardin-autrefois-connu-sous-le-nom-de-Prince-puis-un-symbole-weirdo-puis-encore-Prince commercialisait sa compilation Crystal Ball en ligne. Pire encore, il distribuait en 2004 des exemplaires de Musicology aux détenteurs de billets pour les concerts de cette tournée (série de prestations qui aura d’ailleurs été la plus lucrative de l’année dans l’industrie…, tiens donc). En plus de récidiver pour le Planet Earth Tour, il allait glisser le CD dans l’édition du 15 juin 2007 du journal britannique The National! Facilement impressionnables, de plus en plus de rockeurs québécois abondent dans le même sillon. «On a toujours été proche du net et il paraissait flagrant que le disque ne vendait plus comme jadis et qu’il y avait sans aucun doute un mouvement vers le web et l’ordinateur pour distribuer la musique», clame Luis de Misteur Valaire, orchestre électrojazz qui offre son premier opus Friterday Night sur le web depuis un bon moment. Même son de cloche dans le campement indie pop de Mahjorbidet qui – après l’avoir vu sur plusieurs listes best of de l’année dernière – fait cadeau de son surprenant La vie qui fitte avec la tapisserie sur la Toile. «La distribution, non seulement musicale, mais aussi des films et des livres, se fait de plus en plus par Internet. C’est une question de temps avant qu’elle ne devienne la seule option, prévoit Serge-André Amin. C’est tellement rendu peu coûteux et surtout facile pour la plupart des gens de s’y retrouver. En plus, la bande passante est de moins en moins coûteuse et le temps de transfert, de plus en plus vite.» C’est bien beau tout ça, mais de l’autre côté de la souris, est-ce que l’internaute québécois en profite ou branle dans le manche (ou se branle…, en tout cas)? «L’album entier est maintenant au-dessus des 6000 téléchargements et ce chiffre augmente chaque jour depuis sa sortie il y a trois mois. Sans compter les téléchargements des chansons individuellement qui est aussi très considérable», poursuit Luis tout en statistiques lorsqu’on mentionne le misteurvalaire.ca. «Il y a eu un petit regain au niveau des médias à la suite de la mise en ligne, mais c’est encore trop tôt, je crois, réplique Amin. À Montréal, probablement tout le monde a téléchargé l’album 10 fois, mais en région, seuls quelques érudits l’ont probablement fait. C’est dans des situations comme celles-ci qu’on se rend compte combien il y a deux mondes: le centre-ville de Montréal et le reste du Québec!» Heureusement, pour ces hippies 2.0, leurs visiteurs ont pitié d’eux. «Ça se voit face au nombre de gens qui se déplacent dans les concerts et face à leurs connaissances de notre musique en spectacle!», conclut Luis lorsque interrogé sur ce que Misteur Valaire retire de cette initiative. Serge-André, de son côté, ralliait ses troupes dernièrement pour enregistrer des pièces complémentaires à sa tapisserie… musique qui sera une fois de plus offerte sur le mahjorbidet.com. Et la grue blanche, elle? Elle est trop conne pour endisquer, voyons.
Un commentaire
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12 mars 2008
c’EST LETTE la grue blanche